Si elle avait eu les yeux bandés elle aurait pu te décrire tout ce qui l'entourait, elle n'avait pas besoin de voir pour savoir où elle était. Il n'y avait qu'un endroit au monde qui s'emparait d'elle comme celui ci, un endroit qui l'assaillait de sensations étouffantes. Un endroit beau, beau à en faire mal. Un endroit où le vent existait juste assez pour qu'on le sache là, où l'odeur de la terre après la pluie engourdissait les sens, où les bruissements froids plongeait l'esprit comme en transe. Un endroit où le plus haut poing était une main étalée dans l'herbe, un endroit qui t'essoufflait sans le moindre geste, qui t'affaiblissait jusqu'a ce que l'on puisse te confondre à une loque étalée dans l'herbe. Quand elle se battait elle sentait ses tripes se resserrer comme dans un étau et ses poumons se tordaient comme de pauvres chiffons, cette impression de grouillement intérieur comme ci ce lieu lui rongeait tous les sens, lui grignotait ses forçes , tétanisée,immobile ,le regard fixe, plus rien, l'éclatement, du poid dans les membres, l'abattement de ce qu'elle avait reconstruit, comme du plomb dans le corps, des chaînes au coeur qui tiraient de chaque côté. Chaque petit brin d'herbe s'imprimant secondes après secondes sur la peau, creusant le grain comme une plaie, et ces odeurs qui ennivraient qui l'aliénait, qui la perdait, qui l'abattait.
Je n'étais pas forte je n'étais rien, je ne méritais rien, mon esprit avait absorbé tout les mots qu'il avait écouté, il avait tissé une sensation avec des mots qui detruisent et qui suintent de puissance, de contradictions , qui heurtait et plaquait l'optimisme à terre.Ces souvenirs qui engourdissent tout ce qui avait pu sauver, qui s'en empare et vous flingue les sourires et la raison. Quand il faudrait une montagne pour combler ce qu'un grain avait creusé....